jeudi 11 décembre 2014

BELGIQUE: Peter Mertens : « Octroyer le titre d’entreprise de l’année à Katoen Natie est un mauvais signal »

 
 
From: Quentin Vanbaelen
Sent: Thursday, October 16, 2014 4:11 PM
Subject: Peter Mertens : « Octroyer le titre d'entreprise de l'année à Katoen Natie est un mauvais signal »
 
 
Le 14 octobre, l'entreprise Katoen Natie a reçu des mains du roi le titre « d'entreprise de l'année ». Pour le PTB, c'est une très mauvaise idée de couronner une entreprise qui, entre autres choses, pratique activement le dumping social.
Le président du PTB, Peter Mertens, également membre du conseil d'administration du Port d'Anvers en sa qualité de conseiller communal de la ville, parle d'un mauvais signal, pour deux raisons. « La première, explique-t-il, c'est qu'une des filiales de Katoen Natie pratique le dumping social. Les travailleurs(-euses) sont sous-payés et les conditions de travail sont mauvaises. La seconde, c'est que tout le monde sait que Fernand Huts, le grand patron, parcourt le continent pour faire pression en faveur du démantèlement de la protection sociale, et plus spécifiquement pour l'abolition de la loi Major. Par conséquent, il ne nous paraît pas opportun d'élire Katoen Natie "Entreprise de l'année". »

Salaires et conditions de travail problématiques

« Chez Katoen Natie, on travaille dur, très dur même, comme dans toutes les autres entreprises portuaires. Mais ce sont les salaires et les conditions de travail qui posent problème, précise Peter Mertens. Il y a quelque temps, l'inspection sociale a constaté que la filiale de Katoen Natie, Logisport, pratiquait le dumping social. Autrement dit, les travailleurs des entrepôts portuaires de cette filiale n'étaient pas employés conformément aux barèmes légaux, conditions de travail et CCT en vigueur. Aujourd'hui, nous continuons à entendre des témoignages de personnes qui travaillent chez Logisport à propos de leurs conditions de salaire et de travail ».

« Des chiffres qui ne peuvent servir d'exemple pour les autres »

Dans son communiqué, le jury de « l'Entreprise de l'année » fait l'éloge de la politique de motivation du personnel pratiquée par Katoen Natie. Peter Mertens réagit : « Pour la majorité des travailleurs de Katoen Natie, ce qui les pousse à faire des heures supplémentaires non rémunérées, à travailler le week-end sans recevoir d'indemnité, à accepter les doubles pauses et un rythme de travail élevé, c'est principalement la crainte de perdre leur emploi. Si les travailleurs ont donné à l'entreprise le surnom de "Schorpioen Natie" ("nation scorpion", NdlR), ce n'est pas par hasard. Chez Logisport, par exemple, plus de la moitié des heures sont prestées par des intérimaires. Et, pour ce qui est du personnel fixe, on observe une diminution annuelle de l'ordre de un sur cinq. Ce ne sont décidément pas des chiffres qui peuvent servir d'exemple pour les autres. »
« Il faut dire que Katoen Natie fait preuve d'une grande créativité en matière de gestion du personnel, poursuit le président du PTB. Depuis le début de la crise, elle va chercher des jeunes chômeurs du sud de l'Europe pour travailler dans le port d'Anvers ; ils sont logés par Katoen Natie/Logisport dans des bungalows de vacances. Ils sont ainsi pieds et poings liés face à leur employeur, dont ils dépendent pour tout. Le jour où ces personnes demanderont à ne pas travailler le week-end, ils recevront leur C4, accompagné d'un billet retour pour l'Espagne. Cet été, j'ai discuté avec plusieurs jeunes Espagnols qui devaient travailler chez Logisport dans ces conditions. C'est scandaleux. »

« Seule la plus-value compte, le reste c'est de la foutaise »

L'an dernier, Katoen Natie a publié sa « Company Bible ». On y explique avec finesse que « tout ce qui compte, c'est la plus-value, le reste c'est de la foutaise ». Il n'est dès lors guère étonnant que Katoen Natie déteste la concertation sociale. Ces dernières années, cela a d'ailleurs débouché sur de violents conflits avec les syndicats portuaires. « Fernand Huts suit la philosophie néolibérale pure et dure d'Ayn Rand (théoricienne de l'ultra-capitalisme individualiste, NdlR). Rien n'arrêtera ceux qui sont nés pour être des dirigeants : protection sociale, pouvoir ouvrier ou pouvoir syndical, ce sont tous des obstacles à l'accroissement des profits, explique Peter Mertens. Ce genre de philosophie n'est pas non plus un exemple pour les autres en ces temps de crise ».

« Katoen Natie, un acteur politique, militant pour le dumping social »

Enfin, le PTB se pose également des questions sur la nature du signal politique que l'on veut donner en octroyant ce prix à Katoen Natie et Fernand Huts. « Katoen Natie est un véritable acteur politique. Ses dirigeants sont des lobbyistes très actifs qui préconisent la totale libéralisation du travail portuaire et une restriction de la législation relative à la protection sociale. Ce n'est donc pas un hasard si Katoen Natie fait partie des entreprises qui ont introduit une plainte contre les normes belges organisant le travail portuaire, ce qui a donné lieu à une procédure d'infraction européenne. Huts et Katoen Natie ne cachent pas leur intention d'en finir avec la loi Major et les contrôles stricts exercés par les syndicats. Le statut du travail portuaire actuel fait office de digue contre le dumping social. Non seulement pour les ports, mais aussi pour l'ensemble de la société. Si cette digue cède, le port risque de se retrouver inondé d'emplois indécents mal payés avec des conditions de travail encore plus précaires et hyperflexibles. Et cette rupture de digue risque également de se faire sentir dans tous les autres secteurs. Nous trouvons tout simplement insensé de récompenser ce genre de corsaire », conclut Peter Mertens.